East Side Gallery © Eugénie Rousak

L’art mural depuis la chute du Mur

par Eugénie Rousak
East Side Gallery © Eugénie Rousak

La capitale allemande est indéniablement liée à l’expressionnisme artistique et aux développements culturels. Que cela soit à travers les institutions traditionnelles du Museumsinsel, les bâtiments industriels désaffectés et réinvestis, les squats emblématiques ou ses façades tout simplement, Berlin regorge de mouvements et styles, qui s’entremêlent, s’influencent ou s’opposent. Alors que les quartiers de Friedrichshain, Kreuzberg ou encore Prenzlauerberg sont devenus des véritables références des cultures alternatives, les murs sont la nouvelle scène principale de l’improvisation arty.

Toit berlinois © Eugénie Rousak

Paradoxalement, le mur de l’interdiction est devenu le catalyseur des libertés artistiques et le symbole de l’expression. Érigé en 1961, il était composé de blocs de 3.6 mètres de hauteur qui devaient empêcher les habitants de la soviétique République Démocratique Allemande (RDA) de passer dans la République Fédérale d’Allemagne (RFA), contrôlée par les Alliés. Frontière de séparation et de déchirement de la population berlinoise, le Mur est devenu la toile de l’union artistique et le préambule du « border art ». Se profilant entre les 14 000 gardes qui assuraient la surveillance, les artistes ont commencé à couvrir le béton froid de dessins multicolores et de messages intimes. Loin des immenses fresques que nous connaissons aujourd’hui, ils peignaient des carrés ou rectangles d’une trentaine de centimètres, comparables à un musée traditionnel. Timides mais tranchants, ces tags et graffitis ont ainsi posé les premières pierres du street art, devenu l’emblème de Berlin.

Le long du mur

 

Mauerpark © Eugénie Rousak

« À l’époque, je peignais pour faire disparaître le Mur et maintenant je le peins pour le garder » s’est exprimé Thierry Noir, l’un des premiers peintres à couvrir la grisaille du béton de ses têtes aux yeux globuleux. A la chute du Mur, les blocs ont connu des sors différents, mais certains servent toujours de toile pour les street-artistes, comme la East Side Gallery. S’étendant sur 1.3 kilomètre, c’est une exposition permanente à ciel ouvert, qui rassemble des œuvres de plus d’une centaine d’artistes venus du monde entier. Mais qu’affichent ces blocs froids au passé obscure ? Des messages de paix, l’espoir de meilleurs lendemains, des revendications politiques, des événements historiques, des références culturelles, pour n’en citer que quelques-uns. Au bord de la Spree, la fameuse « Dancing to freedom » de Jolly Kunjappu côtoit Brejnev et Honecker, immortalisés dans leur baiser par Dmitri Vrubel. Le slogan « Je me souviens » répond en unisson à « Plus de guerres. Fini les murs. Un monde uni », alors que la petite Trabant s’aventure dans le labyrinthe noir et blanc de la Perestroika. Les inspirations et idées sont nombreuses, mais toutes sont des dérivés directs ou détournés de la Guerre Froide. Tels des projectiles, les bombes de peinture dessinent pour les générations futures.

Les murs murmurent

 

Mauerpark © Eugénie Rousak

La chute du Mur a insufflé un vent de liberté qui a vu naitre nombreuses cultures artistiques alternatives, qui ont progressivement pris possession de quartiers entiers, même si cette expression de soi reste toujours illégale. Véritable capitale des tags, pochoirs et collages, Berlin invite ses visiteurs dans des ruelles entières joliment décorées, dont la plus connue est surement Haus Schwarzenberg Street Art Alley. « La rue est le cordon ombilical entre le citoyen et la société » comme disait Victor Hugo. Le street-art a ses héros, dont le travail attire toujours plus de passionnés. Des tours entiers sont organisés pour découvrir les 34 œuvres que l’on attribue à Banksy, faire un selfie devant l’immense “The Pink Man”, référence au passé allemand par Blu ou encore trouver toutes les femmes-stickers d’El Bocho. Et pour découvrir le talent des jeunes artistes, rendez-vous au Mauerpark qui se transforme de jour en jour au gré des nouvelles tendances graffiti. Finalement, l’expansion du street art a englobé de son doux parfum de liberté l’ensemble de la capitale allemande, s’encrant définitivement dans l’ADN de la ville.

Rédigé par Eugénie Rousak

Bombes de peinture © Eugénie Rousak

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