Estate Lee Miller, Museum für Gestaltung, Zurich 2020

Trois portraits de femmes photographes célèbres

par Eugénie Rousak

Découvrez pourquoi Hitler figure à côté d’une jeune femme nue dans une photographie d’une de ces artistes à travers leurs portraits ! Témoins de leurs époques tout autant que les hommes, Speed Arting a décidé de mettre à l’honneur trois artistes femmes mondialement célèbres pour leur œuvre. Leurs parcours et leur talent ne pourront que vous fasciner. 

Annie Leibovitz – la vie en portraits

“When you are practically raised in a car, it is easy to become an artist. You see the world in a ready-made frame” (Quand tu es pratiquement élevé dans une voiture, il est facile de devenir artiste. Tu vois le monde directement à travers un cadre) a dit Annie Leibovitz, en parlant de son enfance tourmentée par les déménagements incessants. Née en 1949 dans le Connecticut, elle réalise pourtant ses premiers clichés de l’autre côté du globe, au Japon. Avant de gravir le Mont Fuji en 1968, elle achète un Minolta ST-R 101. C’est le début. Après viendront les reportages de protestations, des rassemblements et des voyages, qu’Annie Leibovitz apportera dans une valise au journal Rolling Stone pour finalement y rester durant 13 ans. Se spécialisant avant tout sur l’univers de la musique, elle décide d’élargir ses horizons en intégrant le monde du fashion et du cinéma. Travaillant pour Vanity Fair et Vogue, elle voit les plus célébrissimes noms défiler devant son objectif pour rentrer dans leur univers. Demi Moore enceinte, Leonardo DiCaprio avec un cygne, Arnold Schwarzenegger sur ses skis, Mikhail Baryshnikov élancé dans un mouvement de danse, Angelina Jolie jouant avec son fils, les portraits d’Annie Leibovitz dégagent l’énergie de la personne, murmurant une histoire au public. Pas de sourire forcé ou jeu devant la caméra, la photographe laisse la personne se dévoiler à travers le cliché. Annie Leibovitz a shooté John Lennon à deux reprises. Le premier portrait était très symbolique pour la jeune photographe qui venait tout juste de commencer chez Rolling Stone et s‘initié tout juste au travail avec les grandes stars. Le second, en 1980, mettait en scène le musicien dénudé à côté de Yoko Ono habillée. Quelques heures après, il a été tué, la couverture est sortie post mortem. Aujourd’hui, la photographe continue de raconter les histoires à travers son art, publiant des livres entièrement dédiés aux portraits.

Lee Miller – entre mode et guerre

Née dans une famille américaine aisée en 1907, Elizabeth Miller est rapidement initiée à la photographie par son père. Pourtant c’est de l’autre côté de l’objectif qu’elle commence sa carrière. Mannequin pour Vogue à Paris, muse de Man Ray dans ses expériences surréalistes, actrice aux rôle principaux, elle commence à s’intéresser à la technique photographique avant de créer son propre studio à New York en 1932. Notoriété grandissante, elle participe à des expositions et paradoxalement, devient même l’une des photographes principales de Vogue. Alors que la Seconde Guerre éclate, Lee Miller coupe court au domaine de la mode pour se rendre sur le front, illustrant la nouvelle folie européenne. Elle n’hésite pas à se rendre aussi bien dans les hôpitaux militaires que dans les camps de concentration ou encore dans les tranchées pour documenter, dénoncer et mémoriser. Après la découverte de Buchenwald et Dachau, c’est l’une des premières à reporter les atrocités et les crimes qui s’y sont déroulés. S’il fallait choisir LA photographie de sa carrière, ce serait sûrement les autoportraits réalisés dans la salle de bain du domicile munichois d’Adolf Hitler. Le 30 avril 1945, accompagnée de David Scherman du Life, elle se rend dans l’appartement désert au 16, Prinzregentenplatz pour s’inviter dans l’intimité du Führer, avant d’apprendre à minuit que son propriétaire s’est suicidé dans le bunker. Provocatrice, elle décide alors de poser nue dans la baignoire, laissant ses bottes recouvertes de la terre des camps salir le tapis de sol devant un portrait d’Adolf Hitler. Nous sommes bien loin de « Glass Tears » de Man Ray qui mettent ses yeux en valeur. Après la guerre, elle revient dans la photographie de mode avant de se consacrer uniquement à l’écriture. Elle meurt chez elle, dans un village anglais, à l’âge de 70 ans.

Vivian Maier – la vie dans le mystère

Née en 1926 à New York d’une mère française et d’un père autrichien, Vivian Maier est surement la photographe la plus énigmatique du XXe siècle. Après le divorce de ses parents, elle repart avec sa mère et une amie de la famille, Jeanne Bertrand, pour s’installer en France. Photographe, c’est cette dernière qui introduit la jeune Vivian à la technique, la composition et le cadrage. Après plusieurs aller-retours entre les deux continents, Vivian Maier s’installe définitivement aux États-Unis à l’âge de 25 ans. Elle débute alors sa carrière comme nanny dans de nombreuses familles, conciliant parfaitement cette activité avec sa passion cachée pour la photographie. Lors de longues promenades avec les enfants, elle shoote les scènes de vie, les scènes de la rue qui s’offrent à elle. Souvent, qu’un élément de l’habillement, les mains ou les chaussures sont immortalisés sur la pellicule, laissant au spectateur le soin de compléter l’histoire librement dans son imagination. Elle n’hésite pas à aller dans les quartiers les plus marginaux, rencontrant les démunis et les clochards. Ainsi, toute une époque des années 60-70 est documentée dans ses clichés, pleins de vie et d’émotions. Elle les développe ensuite dans les salles de bains des maisons où elle travaille, cachant cette activité à ses employeurs et ses amis. Dans les années 80 sa situation financière se dégrade et après une malheureuse chute en 2008 elle est mise dans une maison de retraite. Sans famille et sans enfants, elle meure une année après, sans savoir que dans quelques mois seulement la planète va connaître son nom. Alors qu’ils sont mis aux enchères pour le non-paiement des dettes, les négatifs, photographies et bobines sont achetés par un jeune agent immobilier pour moins de 400$ en 2007. Touché par les clichés qu’il découvre, il en poste quelques-uns sur internet, suscitant l’intérêt général pour le travail. Depuis cette rencontre inédite, John Maloof met tout en œuvre pour populariser le travail de Vivian Maier, recomposant petit à petit son parcours. Après la première exposition de son travail en 2011, la vie mystérieuse de Maier est entrée dans l’histoire de la photographie.

Rédigé par Eugénie Rousak
©Speed Arting. Reproduction interdite.

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